Le 34e Festival international du Nouveau cinéma latino-américain ouvre ses portes

La Havane, 29 novembre 2012
par MIREYA CASTAÑEDA, Granma International
Depuis deux ou trois ans, on note dans la cinématographie cubaine un regain de la production dans tous les genres, spécialement dans le documentaire.
On attribut ce phénomène à l’arrivée des nouvelles technologies, qui réduisent les coûts de production, et facilitent l’apparition de nouveaux réalisateurs, et ceci, pas seulement à Cuba, ce qui a fait dire à Alfredo Guevara, président du Festival du Nouveau cinéma latino-américain que nous sommes face à « une marée de jeunes cinéastes ».
Si l’on considère les œuvres sélectionnées pour la compétition officielle du Festival dans les sections Long-métrage de fiction, Court-métrage, Dessin animé et surtout Documentaire, il est évident que la production n’est plus seulement le fait de l’ICAIC (Institut cubain de l’Art et de de l’Industrie cinématographique) – même si cet organisme apparaît souvent au générique . On assiste aujourd’hui à la naissance d’un cinéma indépendant, principalement sur le plan financier.
LES LONGS MÉTRAGES
La fiction reste la reine du grand écran et le rêve de tout réalisateur. Cuba est représentée dans cette section par les films Irremediablemente juntos, de Jorge Luis Sanchez ; Se vende, de Jorge Perugorria et La pelicula de Ana, de Daniel Diaz Torres. Ces deux derniers ne sont pas encore sortis en salle.
Perugorria a écrit et dirigé Se vende, qu’il présente sur son site web comme « une comédie d’humour noir », qu’il dédie a ses maîtres du cinéma, Tomas Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabio (Fresa y chocolate, Guantanamera).
Il a choisi des jeunes acteurs comme Dailenys Fuentes et Yuliet Cruz, et ramené à l’écran de grands acteurs du cinéma cubain : Salvador Wood, Raul Pomares, Mario Balmaseda, Mirtha Ibarra, Coralia Veloz et Patricio Wood. Le film a été produit par NMP International S.A. et l’ICAIC.
L’autre nouveau film en concours, La pelicula de Ana, de Daniel Diaz Torres, laisse espérer un duel d’interprétation entre Laura de la Uz et Yuliet Cruz.
Selon Diaz Torres, le film « aborde le concept de prostitution, qui n’est pas seulement un problème de commerce sexuel, comme on le pense parfois. Cela a à voir avec toutes ces choses que l’on fait sans y croire, seulement pour obtenir un bénéfice matériel, sans se sentir vraiment concerné. Je n’ai aucune réticence à dire que c’est une comédie, et pour moi la comédie n’est pas synonyme de superficialité. Faire une bonne comédie, c’est très difficile ». Le film a été produit par l’ICAIC.
Le troisième long-métrage cubain en concours est Irremediablement juntos, un film musical de Jorge Luis Sanchez, qui a débuté dans le long-métrage avec El Benny, un film musical également. Il aborde cette fois certains des thèmes de la problématique cubaine actuelle, en adaptant la pièce de théâtre d’Alexis Vazquez, Pogolotti-Miramar, qui traite de la double morale, de l’adultère, de la corruption et de la discrimination raciale.
CATÉGORIE PREMIER FILM
Les films de Charlie Medina, Penumbra et de Carlos Lechuga, Melaza ont été sélectionnés dans la catégorie Premier film.
Lechuga a défini Melaza comme « un drame social teinté de fantastique ». On le doit à Producciones de la 5ta Avenida en coproduction avec la société de production française 13 Production et la panaméenne Jaguar Films. Le scénario a reçu un prix de 15 000 dollars attribué par le Fonds d’encouragement de l’audiovisuel de l’Amérique centrale et la Caraïbe (CINERGIA) pour « la forme magistrale de son écriture qui raconte avec sensibilité et originalité les problèmes quotidiens auxquels la société cubaine doit faire face. »
Penumbras, du réalisateur de télévision Charlie Medina, s’inspire également d’une œuvre théâtrale, Penumbra en el noveno cuarto, d’Amado del Pino. Pour aborder les tensions et les illusions humaines, l’œuvre s’appuie sur le sport national cubain : le baseball, et raconte l’histoire de quatre personnages qui se déroule tout au long des neuf manches d’un match de baseball.
LES COURTS-MÉTRAGES
La sélection cubaine : Camionero (Sebastian Milo) ; Lavadora (Yoel Infante) et Los anfitriones (Miguel Angel Moulet).
Camionero a obtenu cette année le Grand prix du Concours Caracol 2012 – sous les auspices de l’Association de Radio et des Moyens audiovisuels de l’UNEAC) –, et le prix de la meilleure fiction au 11e Festival Jeune de l’ICAIC 2012.
Milo aborde, sans complaisance, la violence qui existait parfois dans les établissements préuniversitaires à la campagne, et il tente d’en expliquer la genèse. Il s’agit d’une réflexion sur la violence, la peur, les relations de pouvoir qui peuvent s’établir dans un groupe.
Lavadora, une fiction de 29 minutes en DVD, dont le scénario et la direction sont dus à Joel Infante Corbacho, a également obtenu une mention au Festival Jeune réalisateur. Dans les années 90, Alicia, une jeune étudiante, vit avec sa grand-mère Dora dans un village à la campagne. À la suite d’un accident de Dora, Alicia doit trouver un moyen de faire vivre le foyer. Elle choisira de se prostituer sans en mesurer les conséquences.
Le troisième court-métrage en lice, Los anfitriones, a été réalisé par le Péruvien Miguel Angel Moulet (diplômé de l’École internationale de cinéma et de télévision de San Antonio de los Baños en 2010). Tourné à l’École, le documentaire a décroché cette année le troisième prix de la Cinéfondation, une association créée sous l’égide du Festival de Cannes « pour soutenir la création cinématographique dans le monde et préparer la relève d’une nouvelle génération de cinéastes ». Los enfitriones raconte, en 16 minutes, la vie de deux vieux paysans, Felix et Josefina, qui doivent faire face à l’éventualité de la mort par maladie de l’un des deux.
LE DOCUMENTAIRE
La présence d’une grande école de cinéma dans l’Île a fait que le nombre de documentaires présentés cette année ait explosé. La majorité d’entre eux a été réalisée de façon indépendante par de jeunes réalisateurs. Presque tous ont participé au Festival Jeune réalisateur, un événement qui permet d’apprécier les principaux sujets, les nouvelles tendances, les styles, et les genres abordés par les jeunes cinéastes.
Ont été sélectionnés pour le prix Coral : De agua dulce (Damian Sainz); La certeza (Armando Capo); El Evangelio segun Ramiro (Juan Carlos Saenz Calahorra) et Awairy (Valeria Ariñez).
De agua dulce (Meilleur documentaire du Festival Jeune 2012) et Meilleur documentaire au Festival international du Court-métrage en Uruguay), a pour thème la violence. Sainz associe poétiquement la turbulence des eaux polluées d’une rivière avec l’obscur passé d’un homme qui raconte ses actes.
Avec La certeza, Armando Capo, a été le lauréat de la 3e édition du concours DocTV Latinoamérica. Diplômé de l’École latino-américaine de cinéma, il utilise comme argument la recherche de la foi.
Tout près de Gibara, son village natal, Capo a rencontré les personnages de son histoire, qui se déroule en grande partie dans un temple religieux située dans le village La Caridad, à Holguin.
Quant au documentaire El Evangilio segun Ramiro, de Juan Carlos Saenz Calahorra, il présente un travesti qui vit très modestement. Fidèle convaincu de l’église catholique de Guanabacoa, il entretient une relation amoureuse avec un gardien – un de ceux qui portent la Vierge de l’Assomption pendant les fêtes et les processions –. Le film a obtenu le prix Lumières de la ville au 22e Festival de l’image à Camaguey, organisé par l’Association Hermanos Saiz, en collaboration avec l’ICAIC.
Le quatrième documentaire en compétition Awairy, de Valeria Ariñez, diplômée de l’EICTV, traite de la vie quotidienne de Julieta, une adolescente de 12 ans, qui vit dans le petit village bolivien de Potolo, connu pour les superbes dessins de ses tissus Jalqa, fabriqués depuis des siècles par les femmes du village.
LE DESSIN ANIMÉ
Le dessin animé tient une place importante dans l’île. Sont en concours La luna en el jardin (Yemeli Cruz y Adanoe Lima) et Lavando calzoncillos (Victor Alfonso Cedeño).
La luna en el jardin est une version libre d’un fragment du roman Jardin, de Dulce Maria Loynaz, prix national de Littérature 1987, et prix Miguel de Cervantes, en Espagne. Le film est une véritable œuvre d’art, réalisée aux Studios d’animation de l’ICAIC avec la technique de stop motion, et de 3D.
Un autre documentaire en concours, Lavando calzoncillos, de l’animateur et auteur de bandes dessinées de la province de Cienfuegos, Victor Alfonso Cedeño, traite des travaux quotidiens d’une femme.
D’AUTRES COMPÉTITIONS
Dans la catégorie Affiche, dont la tradition est très riche dans la cinématographie nationale, Cuba présente six affiches : El camaron encantado, de Claudia Maria Alvarez Alvarez ; La gran solucion, de José Pedro Camejo ; La isla de corcho, de Francisco Masvidal ; Y, sin embargo…, de Alberto Nodarse Galindo ; ainsi que deux autres de Marcelo Martin Herrera pour Penumbras.
Six scénarios cubains sont en compétition : Apuntes de madrugada, de Juan Garcia Prieto ; Club de jazz, de Esteban Insausti ; Ismael, de Carlos e. Machado Quintela et Piano de solar, Alexis Pedro Oliva Roche.
DES EFFORTS ET DE L’OPTIMISME
En annonçant le 34e Festival, Alfredo Guevara a signalé : « En Amérique latine et à Cuba de nombreux jeunes font du cinéma. Certains sont vraiment bons, d’autres non, mais il faut s’efforcer d’être juste. On fait des efforts immenses en Amérique latine pour que le cinéma progresse, et qu’est-ce que cela peut produire si ce n’est de l’optimisme ? »
Répondant à une question en aparté après la conférence de presse, Alfredo Guevara a signalé qu’en tant que président du Festival, il ne pouvait pas « donner son avis sur les œuvres mais il se passe ce que j’avais annoncé à plusieurs reprises. Il m’a été donné de construire l’ICAIC avec une équipe et de mettre en marche le cinéma dans notre pays ».
« Je crois que ce projet n’est plus efficient, et ce qui le démontre, c’est que seulement un tiers des films présentés sont issus du cinéma cubain d’État.
« Les nouvelles technologies ont favorisé le développement du cinéma indépendant, un cinéma satisfaisant pour la société cubaine ; la majorité des films présentés vient de ce cinéma. Donc, nous sommes face à une explosion cinématographique qui doit trouver de nouvelles formes de se structurer. Le Festival n’est rien d’autre que le thermomètre d’une transformation totale dans la production cinématographique cubaine. »
Qu’importe aujourd’hui comment les films en compétition ont été tournés. L’important, c’est que bon nombre d’entre eux ont leur place dans la course aux Coral du 34e Festival de cinéma. 


» http://www.granma.cu/frances/culturelles/29novi-Le%2034.html
Publié dans Culture

Mariela Castro Espin

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