mediCuba: 25 ans de «coopération horizontale»

MediCuba, une ONG fondée par une poignée de médecin suisses en 1992 et qui a bien grandi depuis.

Par : Sergio Ferrari

Il y a vingt-cinq ans, alors que Cuba traversait la pire crise économique de son histoire, peu de gens auraient misé une pièce sur la survie de la Révolution cubaine. Et de son système de santé original et universel. Parmi eux, une poignée de médecins suisses qui fondent à Zurich en 1992 une organisation de solidarité internationale destinée à préserver les institutions sanitaires de l’ile caribéenne.

Bien vivante elle aussi vingt-cinq ans après, mediCuba-Suisse revendique aujourd’hui plus de 1500 membres, 5000 donateurs et plus de 6 millions de francs investis dans le système sanitaire cubain.

En octobre dernier, l’ONG fêtait son anniversaire à Genève et au Tessin en compagnie d’Augustin Lage et du non moins célèbre professeur Jorge Pérez, responsable en 2014 de la mission cubaine envoyée combattre Ebola en Afrique de l’ouest. Alors qu’un livre vient de sortir aux Editions d’En bas 1, le docteur Martin Herrmann, spécialiste en chirurgie générale, évoque l’association qu’il copréside depuis 2010.

Quelle philosophie de l’aide internationale défend MediCuba?

Martin Herrmann: Notre vision des relations entre nations et peuples est égalitaire et horizontale. C’est pourquoi nous promouvons l’échange mutuel des savoirs et des expériences dans toutes les directions et en brisant tout type de paternalisme eurocentrique. C’est ainsi par exemple le sens de la collaboration menée avec l’université de Genève, dont les étudiants peuvent découvrir les avancées et les pratiques médicales cubaines lors de stages.

Pour soutenir uniquement Cuba et seulement sur le plan de la santé?

S’il y a un pays au monde qui ne se contente pas de recevoir mais donne également, c’est Cuba. Pour nous, appuyer ce pays, c’est appuyer une vision globale de la solidarité. Dans le domaine de la santé, celui que je connais le mieux, Cuba soutient d’une manière ou d’une autre plus de soixante pays. Il offre des études médicales de haute qualité à des dizaines de milliers d’étudiants originaires de nations qui ne peuvent ou ne veulent pas offrir de telles études aux couches les plus humbles de leur population. Ce n’est pas un hasard si, dans les organisations internationales, les compétences cubaines sont hautement reconnues et que l’attitude de Cuba est considérée comme exemplaire. Malheureusement, cette attitude solidaire est peu mentionnée dans les grands médias internationaux, notamment pour des raisons politiques. Je ne crois donc pas, pour le souligner, que notre coopération se limite à Cuba, parce qu’elle se multiplie. Quant au secteur médical et sanitaire, c’est celui que nous connaissons le mieux en tant qu’organisation.

Quelle réussite mettez vous en avant en vingt-cinq ans de solidarité?

Peut-être celle d’avoir fourni au Centre d’immunologie moléculaire (CIM) de La Havane ses premiers équipements (lire en page précédente)! À côté de son financement partiel, le gros du travail a consisté à convaincre le gouvernement suisse de permettre les exportations de l’équipement principal, en plein blocus et malgré les pressions émanant des États-Unis et de l’Union européenne. Cela a permis au CIM de se mettre en évidence dans la recherche, d’abord, puis dans la production de médicaments. Des produits que même les États-Unis demandent. Par exemple, le vaccin contre le cancer du poumon. Cela montre la détermination de ce petit pays des Caraïbes qui a toujours mis la santé et la recherche au centre de ses priorités essentielles.

Avez-vous réussi à sensibiliser les citoyens à cette réalité cubaine?

Je pense que c’est notre second succès: nous avons contrecarré en partie la désinformation des grands medias internationaux. Cette information de première main, totalement fiable et grâce à des sources directes, a permis y compris de gagner la confiance de la coopération officielle suisse et d’obtenir des fonds pour notre programme de soutien au système de santé cubain.

Quelle lecture faites-vous de la réalité cubaine actuelle et des défis pour la solidarité ?

Bien que Cuba souffre évidemment des conséquences de la globalisation capitaliste comme n’importe quel pays, il a réussi jusqu’à aujourd’hui à promouvoir des politiques émancipatrices et solidaires. Certaines d’entre elles sont largement connues, notamment en matière de santé, d’éducation et de sensibilité envers les désastres et les crises que connaissent d’autres nations: le tremblement de terre à Haïti en 2010, l’incontrôlable épidémie d’Ebola en Afrique ou, plus récemment, le tremblement de terre qui secoua le Mexique en septembre. Bien que Cuba ait été fortement touché par l’ouragan Irma, qui a dévasté quelques-unes de ses provinces, il est parvenu à envoyer des spécialistes au Mexique.

Les défis actuels pour Cuba restent énormes. Premièrement, sur le plan économique, en raison du blocus et de ses corollaires, si clairement énoncés dans la déclaration 71/5 de l’Assemblée générale des Nations Unies. Des défis environnementaux, dus au réchauffement global et aux changements climatiques. Et aussi sur le plan politique et idéologique. Comment cette petite nation caribéenne réussira-t-elle à affronter la logique économique hégémonique et dominante si implantée dans nos pays européens et dans le nord de l’hémisphère? Comment le pays réussira-t-il à maintenir la conscience politique et solidaire, particulièrement celle de la jeunesse, face à la disparition générationnelle des révolutionnaires historiques ? Ce sont des questions. Mais attention, ce n’est pas à nous, depuis l’Europe, de décider du présent et du futur du peuple cubain. Les gouvernements arrogants du dénommé premier monde l’ont fait et tentent de le faire. Il nous incombe d’accompagner activement, par l’aide, les discussions et les débats – et cela dans le cadre d’un profond respect – le développement propre de la société cubaine.

Comment envisagez-vous le travail de MediCuba dans les cinq ou dix ans à venir?

Le système mondial actuel dominant détruit plus qu’il ne construit. Nous en voyons les conséquences sociales et climatiques pour l’humanité et la Terre. La consommation des ressources dépasse énormément ce que la planète peut nous offrir. Avec la circonstance aggravante que les bénéficiaires principaux des richesses constituent à peine un maigre pour cent de la population à l’échelle mondiale. Nous constatons un déséquilibre et une polarisation sociale énormes et croissants. Pour dépasser ce diagnostic préoccupant, nous devons nous unir par-delà les frontières nationales pour changer le rapport de forces. Et obtenir que les institutions publiques de nos pays soient toujours plus actives dans la solidarité internationale. C’est ce que j’espère pour Cuba. Que les échanges mutuels, les aides se fassent toujours plus entre les institutions, les entités municipales, les provinces, les cantons, les ministères publics, les écoles et les universités. Que nous puissions avancer dans un nouveau rôle de générateurs d’initiatives, d’accompagnants et d’animateurs de la coopération. Je suis convaincu que seule la solidarité internationale peut assurer la survie de l’espèce humaine.

Source : LeCourrier.ch

 

  • 1.Cuba : La solidarité internationale pour le droit à la santé, 25 ans de mediCuba-Suisse, 2017, 144 p., 23 francs.
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Publié dans International, Suisse

Mariela Castro Espin

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