Conversations avec Stéphane Witkowski

« Les États-Unis d’Amérique ont toujours considéré l’ile de Cuba comme étant la leur »

 

Salim Lamrani

Université de La Réunion

 

Président du Conseil de Gestion et du Conseil d’orientation stratégique de l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine (IHEAL) de l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris III, Stéphane Witkowski est un spécialiste reconnu de Cuba et de l’Amérique latine. Son regard avisé et ses analyses actualisées en font l’un des meilleurs connaisseurs français de cette aire géographique, ce qui lui vaut des invitations régulières dans les médias. Il co-anime le groupe d’études sur Cuba à l’IHEAL. Il est par ailleurs membre du Conseil d’orientation du Centre d’études et de recherche « Amérique latine-Europe », CERALE d’ESCP Europe.

Il a été chef du service « Amériques » de MEDEF international pendant dix ans, en charge de la zone « Amérique du Sud – Amérique centrale et Caraïbes – Etats-Unis – Canada ». Il a également été directeur des Relations institutionnelles du Groupe ALTADIS et directeur des relations internationales et européennes de l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI devenue CCI France). En 2009, il a créé BALE Conseil, un cabinet spécialisé dans le conseil et l’ingénierie d’affaires qui apporte son soutien aux entreprises françaises et latino-américaines souhaitant développer leurs activités internationales.

Dans cet entretien, Stéphane Witkowski dresse une perspective historique des relations tumultueuses entre Cuba et les Etats-Unis et revient sur la genèse de ce conflit. Il évoque la question des sanctions économiques imposées à l’île depuis 1960. Il analyse également les raisons qui ont amené l’administration Obama à adopter une politique de rapprochement avec La Havane. Il dresse enfin un bilan de l’ère Trump et conclut sur l’élection de Joe Biden et les possibilités d’un retour à une politique plus constructive vis-à-vis de Cuba.

 

Salim Lamrani : Cuba et les Etats-Unis entretiennent des relations complexes depuis plus d’un demi-siècle. Quelles sont les véritables racines de ce conflit ?

 

            Stéphane Witkowski : Les relations entre les deux pays sont avant tout dictées par la géographie et par l’histoire, par la proximité de cette « petite ile », si j’en juge par son PIB et par sa superficie, bien que Cuba soit la plus grande ile des Caraïbes. Cuba est à quelques kilomètres « face à l’Empire », pour reprendre l’expression de Fidel Castro, « le plus important Empire de tous les temps depuis l’Empire romain ».

Tous les présidents des Etats-Unis, de John Adams, le deuxième président qui a été au pouvoir entre 1797 et 1801, qui considérait déjà Cuba comme faisant partie de sa zone d’influence naturelle, jusqu’à Joe Biden en 2021, qu’ils aient été Démocrates ou Républicains, ont toujours essayé de garder l’ile dans l’orbite de leur pays. Ils l’ont fait par des moyens, des styles et des méthodes très variables mais en conservant toujours le même objectif : contrôler les destinées de Cuba. D’ailleurs, James Monroe, le cinquième président des Etats-Unis, avait défini sa doctrine, devenue célèbre le 2 décembre 1823 et qui se résume en trois points : les Amériques du Nord et du Sud ne sont plus ouvertes à la colonisation ; toute intervention européenne dans les affaires du continent sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix ; en contrepartie, les États-Unis n’interviendront pas dans les affaires européennes.

Cette doctrine, qui date du XIXe siècle et qui a été remise à l’ordre du jour par Donald Trump, s’est parfaitement illustrée par le cas de Cuba. Ainsi, on ne peut donc ni expliquer, ni comprendre et encore moins analyser la situation à Cuba aujourd’hui sans avoir en tête cette donnée de base : les Etats-Unis d’Amérique ont toujours considéré l’ile de Cuba comme étant la leur.

Voir la suite et source : Études caribéennes

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