La Réunion-Cuba : deux iles contre l’apartheid

La Réunion-Cuba : deux iles contre l’apartheid. C’était le titre du séminaire organisé hier à l’Université de La Réunion par Salim Lamrani et Carpanin Marimoutou. Cette manifestation a une nouvelle fois permis de rappeler que l’action d’un parti comme le PCR est loin de se résumer à des élections. Elle a mis l’accent sur le volet internationaliste du parti réunionnais. C’est un aspect qui est également fortement ancré à Cuba. Ce pays a en effet largement contribué à la libération des peuples africains dominés par le colonialisme, notamment l’Afrique du Sud. Elle se prolonge aujourd’hui dans de nombreuses actions de coopération par l’envoi de médecins et la formation de la jeunesse africaine dans les universités cubaines.

Hier à l’Université de La Réunion, Carpanin Marimoutou et Salim Lamrani organisaient un séminaire sur une période de l’histoire contemporaine de notre région : la lutte contre l’apartheid. Ce régime raciste est en effet tombé notamment grâce à la résistance du peuple sud-africain opposé à la ségrégation. Car cette lutte intérieure ne fut pas le seul facteur nécessaire à la victoire. Il a fallu aussi une solidarité sans faille d’organisations progressistes et d’États qui avaient réussi à se libérer de la colonisation. Le séminaire d’hier a mis l’accent sur l’action de deux pays dans ce combat : La Réunion et Cuba.

Elie Hoarau a expliqué comme la lutte avait été menée à La Réunion. Dès sa fondation en 1959, le PCR a affirmé concrètement sa solidarité avec les peuples en lutte pour leur libération en Afrique, Asie et Amérique latine. Le président du PCR a cité plusieurs articles de « Témoignages » à ce sujet depuis 1962 jusqu’à la fin de l’apartheid.

À La Réunion, la lutte était difficile, car la France était un des principaux alliés du régime raciste d’Afrique du Sud. Les gouvernements français soutenaient des opérations qui permettaient à Pretoria de contourner les sanctions internationales. Discrètement, Paris donnait donc à ce régime les moyens nécessaires à son armement. Il lui fournissait aussi un soutien dans le domaine de l’espionnage des réseaux de résistance. Elie Hoarau a rappelé l’assassinat en à Paris jamais élucidé de Dulcie September, militante de l’ANC qui enquêtait sur ce trafic d’armes.

L’action des communistes réunionnais

Le président du PCR a également évoqué les nombreuses manifestations contre l’apartheid à La Réunion. Ce furent les protestations contre l’ouverture d’une ligne aérienne entre l’Afrique du Sud et La Réunion. Il y eut aussi les actions contre la création d’un consulat à Saint-Denis. Le PCR a aussi participé au boycott des produits sud-africains. Il y eut également la mobilisation contre l’implantation d’un hôtel financé par les capitaux de l’apartheid à Saint-Gilles. Quand cette question fut abordée au Conseil général, les élus communistes quittèrent la salle.

Elie Hoarau a également rappelé le rôle joué par Jacques Vergès dans le soutien à la branche armée de l’ANC. L’avocat réunionnais avait fait le tour des capitales africaines pour demander une aide militaire. Il y eut également la mission de parlementaires européens initiée par Paul Vergès dans les pays de la ligne de front, Angola, Mozambique et Zimbabwe. Elle aboutit à un renforcement des sanctions de l’Europe contre le régime d’apartheid.

Durant toute cette période, l’ANC put compter sur un soutien sans faille du PCR. Elie Hoarau rappelle qu’en 1988, les deux-tiers de la trésorerie du parti avaient été remis à l’ANC afin de soutenir le combat final des Sud-Africains contre le régime honni.

L’Afrique du Sud n’a pas oublié. Ainsi, le PCR a été invité au centenaire de l’ANC en 2012, et lors de sa participation à la garden party du 14 juillet à l’Elysée, Nelson Mandela avait tenu à inviter personnellement Paul Vergès.

Cuba et les luttes de libération

Salim Lamrani a ensuite décrit la participation de Cuba à la lutte de libération. Depuis le succès de la révolution en 1959, ce pays s’est largement impliqué dans les luttes anti-coloniales. C’était notamment le cas en Algérie pendant la guerre d’indépendance. Plus de 400’000 Cubains ont contribué à la libération de l’Afrique. Plus de 2’000 noms de Cubains sont gravés dans le Parc de la Liberté à Pretoria pour avoir donné leur vie à ce combat.

De l’Algérie à l’Afrique du Sud, aucun pays n’a eu une contribution aussi importante que Cuba à la libération de l’Afrique.

Cela s’est notamment concrétisé par la victoire lors de la bataille de Cuito Cuanavale en 1988. Partie de Namibie, l’armée sud-africaine cherchait à envahir l’Angola, une base de l’ANC. Des milliers de soldats cubains appuyaient alors l’armée angolaise qui a réussi à vaincre l’envahisseur. Cette bataille a déterminé le sort de l’Afrique australe. Puisque c’est à la suite de cette défaite militaire que le régime d’apartheid a commencé à s’effondrer. Ce qui a entrainé également la libération de la Namibie.

Alors que les puissances occidentales ont colonisé l’Afrique, Cuba a lutté pour briser les chaines de l’oppression au nom du droit inaliénable des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ceci explique pourquoi Cuba a été la destination du premier voyage officiel qu’accomplit Nelson Mandela à sa sortie de prison.

La culture de l’internationalisme

Ce fut ensuite Elio Rodriguez, Ambassadeur de la République de Cuba en France, qui intervient par visioconférence depuis Paris. Il a expliqué que les racines de la solidarité internationale de Cuba vient tout d’abord du peuplement de l’ile, marqué par les influences indiennes, africaines et européennes. La lutte contre le colonialisme espagnol au 19e siècle a vu la participation de nombreux étrangers. Plus tard, des Cubains sont allés se battre aux côtés des républicains espagnols.

Après la révolution de 1959, Che Guevara a joué un rôle important dans le domaine de l’internationalisme. Il a tout laissé à Cuba pour aller au Congo et en Bolivie.

Cuba a donc comme ligne de conduite le soutien à tous les mouvements révolutionnaires. Les pays a envoyé des brigades médicales en Algérie et des assistants militaires. Des centaines de milliers de Cubains ont montré leur capacité de solidarité en allant aider les frères d’autres nations dans la lutte pour l’indépendance.

En Angola, il y eut le soutien de l’armée cubaine contre l’invasion lancée par l’Afrique du Sud. La victoire de Cuito Cuanavale a permis l’indépendance de la Niamibie et la fin de l’apartheid.

Les 60 ans d’engagement de Cuba aux côtés des peuples frères n’est pas seulement militaire mais aussi médicale et éducative. L’application de la méthode Yo si puedo a permis d’apprendre à lire à plus de 10 millions de personnes dans le monde.

Dans le domaine du sport, Cuba coopère avec plus de 100 pays. Plus de 1,5 milliard de personnes ont eu une assistance médicale cubaine. Plus de 6 millions de vie ont été sauvées. 73’000 étudiants venus de 86 pays ont été diplômés à Cuba. Plus de 3’000 étudiants du Tiers monde sont actuellement à Cuba, grâce notamment à des bourses du gouvernement

Elio Rodriguez cite également l’« Opération miracle » qui a permis à 3 millions de personnes de récupérer la vue grâce à des opérations.

Avec plus de 120 ambassades et consulats dans le monde pour un pays de 11 millions d’habitants, Cuba a la plus forte représentation diplomatique pour un pays de cette taille. Et il conclut son intervention en affirmant : « La Réunion, vous êtes une ile qui est dans notre cœur ».

L’Afrique du Sud reconnaissante

Rapu Molekane, Ambassadeur de la République d’Afrique du Sud en France, s’est ensuite exprimé par visioconférence. Il revint d’abord sur la longue part de la colonisation dans l’histoire de son pays, depuis l’implantation de la compagnie hollandaise des Indes orientales au Cap en 1652. L’Afrique du Sud était l’objet de convoitises de plusieurs puissances coloniales. Cela a abouti à la guerre des Boers entre les Britanniques et les Afrikaners. La victoire de la Grande-Bretagne en 1910 s’est traduite par la création de l’Union sud-africaine qui excluait les Africains.

Cela amena à la création de l’ANC, le 8 janvier 1912, là Bloemfontein. L’ANC avait pour but pour libérer les Sud-Africains de l’oppression. Initialement, l’ANC avait un mode d’action non violent. L’arrivée au pouvoir du Parti national en 1948 a entraîné une radicalisation du pouvoir qui a institué l’apartheid. Cela a causé le passage de l’ANC à la clandestinité et création de la branche militaire. Le soutien de Cuba commença dès le début de la révolution cubaine.

Cuba était l’allié le plus important de l’ANC sur le plan militaire, souligna Rapu Molekane. Pendant ce temps, l’apartheid était soutenu par l’Occident qui vendait des armés et formait les militaires sud-africains à la lutte contre la résistance.

L’ambassadeur d’Afrique du Sud rappelle que les Réunionnais sous la conduite du PCR manifestaient contre l’apartheid, contre le consulat, contre le transit de biens destinés à la France.

La Réunion et Cuba ont eu un rôle important dans la chute de l’apartheid, et l’Afrique du Sud est reconnaissante, a-t-il dit.

Rapu Molekane a également indiqué que la volonté existe du côté sud-africain pour la création d’un consulat à La Réunion. Il reste à persuader les autorités.

Quant à Cuba, les relations avec l’Afrique du Sud sont cordiales. Des médecins sont ainsi formés à Cuba tandis que des médecins cubains travaillent en Afrique du sud. Enfin, Rapu Molekane a annoncé que le président de la République sud-africaine sera à Cuba en décembre pour participer à l’inauguration d’un monument honorant Nelson Mandela.

 

Manuel Marchal / 12 avril 2018

Source : Témoignages.re

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Publié dans Cuba, International

Mariela Castro Espin

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