L’Union européenne réaffirme sa diplomatie d’ouverture

La cheffe de la diplomatie européenne Frederica Mogherini, en visite à Cuba, promeut une politique internationale antinomique de celle du président américain.

Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. / Emmanuel Dunand/AFP

 

La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Frederica Mogherini, est à La Havane mercredi 3 et jeudi 4 janvier, afin de rassurer ses interlocuteurs cubains sur le maintien de l’attitude d’ouverture européenne. Il est prévu qu’elle rencontre le président du Parlement, ainsi que les ministres du Commerce extérieur et des Affaires étrangères.

Cette « relation forte entre l’UE et Cuba », réaffirmée par la cheffe du Service européen pour l’action extérieure, s’appuie sur une position commune des États membres de l’UE. « Nous développerons l’accord de dialogue politique et de coopération avec Cuba, et nous investirons dans des relations socio-économiques plus approfondies avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes », indique en effet la Stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne.

Le rapprochement entre Cuba et l’Europe – qui est l’un de ses principaux partenaires commerciaux – a été scellé par l’accord de dialogue politique et de coopération, conclu en décembre 2016 et entré provisoirement en vigueur le 1er novembre 2017 (en attendant sa ratification par l’ensemble des États membres de l’UE). Cuba était jusqu’alors le seul pays d’Amérique latine et des Caraïbes avec lequel l’UE n’avait pas conclu de traité bilatéral.

Bruxelles se démarque de Washington

La poursuite de ce rapprochement euro-cubain va à contre-courant du récent « durcissement » américain envers Cuba, qui représente une volte-face au processus d’ouverture. Ce processus partait du principe que l’intensification des échanges avec l’ile, notamment des échanges commerciaux, entraînerait davantage de changements positifs que la coercition et la force.

Le basculement de politique américaine envers Cuba, qui avait été impulsé par le président américain Barack Obama en 2014, procédait ainsi d’une démarche plus libérale et pragmatique. À l’évidence, le président américain Donald Trump ne partage pas ces vues. Sur ce dossier comme sur d’autres, il est prompt à vouloir se démarquer de son prédécesseur.

L’Union européenne poursuit donc le processus de normalisation de ses relations avec Cuba, malgré le recul américain. Le déplacement de Frederica Mogherini témoigne d’une certaine manifestation de volonté politique européenne. « L’UE souhaite calmer les choses, réduire les zones de tension. Elle se pose en pacificatrice des relations internationales, à l’opposé de la logique d’affrontement de Donald Trump », explique Philippe Moreau Défarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Les États-Unis ont tendance à « considérer Cuba comme son arrière-cour », rappelle-t-il. Le pays abrite une forte communauté cubaine, dont certains éléments désapprouvent radicalement la démarche d’ouverture envers Cuba. L’un de ces groupes anti-castriste, basé à Miami, le Forum des droits et libertés (ForoDyL), a d’ailleurs dénoncé la visite de la Haute représentante européenne qui n’adopte pas cette ligne dure.

Changement d’exécutif à Cuba en avril

Pendant des années, « les États-Unis ne supportaient pas ce régime crypto-communiste qui lui résistait », rappelle Philippe Moreau Defarges. D’autres considèrent, comme le géopolitologue Dominique Moïsi, qu’avec l’ouverture internationale, « le régime de Raúl Castro veut simplement gagner du temps, retrouver un peu d’oxygène économique pour éviter une explosion socialeÀ court terme, le régime cubain peut sembler gagnant. En réalité, le temps ne joue pas pour lui ». (disent-ils depuis bientôt 60 ans !)

Après dix années au pouvoir, Raúl Castro cédera son siège de président le 19 avril. Son frère, Fidel Castro, le « père de la révolution cubaine » avait dirigé l’ile de 1959 à 2006. La mort du « Comandante en Jefe » le 25 novembre 2016 et le départ prochain de son frère de la présidence de la République socialiste semblent tourner une page de l’histoire de Cuba.

« Le changement de génération prévu au gouvernement dans les prochains mois » ne devrait guère changer fondamentalement le processus d’ouverture, estime Eduardo Perera, professeur à l’Université de La Havane. C’est en tout cas le pari que fait l’Union européenne. Après 23 mois de négociations pour aboutir à un « accord historique », à un « cadre juridique nouveau » prévoyant « un dialogue politique renforcé, une coopération bilatérale améliorée et le développement d’une action commune dans les enceintes multilatérales », on comprend que Bruxelles ne veuille pas faire machine arrière.

Benjamin Boutin

Source : La-Croix.com

Publié dans Cuba, International

Mariela Castro Espin

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