Ce que Fidel Castro a apporté à Cuba, au communisme et à l’histoire du XXe siècle

Le décès de Fidel Castro marque l’actualité de ces derniers jours. Comment la mort de celui qui a dirigé une petite ile des Caraïbes peut-elle susciter autant de manifestations d’admiration ou de rejet, parfois les deux ensemble? Les hommages que lui ont rendus des chefs d’État et des personnalités de tous bords montrent la dimension de cet homme qui restera l’un de ceux qui ont marqué l’histoire non seulement de son pays, mais aussi du monde du XX° siècle.

Comme pour d’autres grands personnages de l’histoire des révolutions de l’Amérique latine ou d’ailleurs, tels que Simon Bolivar ou Benito Juarez, il y aura toujours des critiques et des détracteurs pour condamner Fidel Castro; mais à terme ce qui restera seront les changements auxquels il a contribué: l’indépendance de Cuba, la recherche de la justice sociale et de l’égalité. On se souvient de lui aussi pour son action solidaire en faveur d’autres peuples.

Il est bien trop facile de porter un regard manichéen sur Fidel Castro et la révolution cubaine comme s’il s’agissait d’un film hollywoodien où les bons affrontent les méchants. On met trop souvent en balance les bons points et les mauvais en oubliant qu’il s’agit d’acteurs de l’histoire vivante dans le contexte et les enjeux d’une époque.
Lorsque l’étudiant en droit Fidel Castro se lance dans l’action politique contre la dictature de Fulgencio Batista, la jeunesse cubaine est persuadée qu’elle continue la lutte pour l’indépendance initiée par José Marti. Cuba a fait partie du butin conquis par les Etats-Unis dans la guerre de 1898 contre l’Espagne. L’ile a été occupée militairement puis mise sous tutelle avec des gouvernements soumis.
La révolution, que Fidel Castro a dirigée, a fusionné la recherche d’indépendance et la construction d’une société nouvelle dans une région où les États-Unis font la loi. Ainsi, au milieu du XIXème siècle, le Mexique a dû lui céder la moitié de son territoire après une guerre injuste. Le contexte où a eu lieu la révolution cubaine est celui des interventions de Washington contre les gouvernements progressistes de Jacobo Arbenz au Guatemala et de Juan Bosch en République Dominicaine.

La révolution cubaine a défié le géant américain, a nationalisé ses entreprises et lui a tenu tête. Washington n’a jamais accepté cette gifle qu’une petite île voisine lui infligeait et qui pouvait inciter d’autres peuples à la révolte.

On oublie aussi trop rapidement que Cuba a été jusqu’ici soumise à une ingérence constante de la part des États-Unis et à un blocus commercial, économique et financier impitoyable. Ce blocus, imposé par les États-Unis en 1962 et encore en vigueur aujourd’hui malgré le rétablissement des relations diplomatiques avec Washington, est une arme impitoyable.

Le blocus et l’ingérence systématique de Washington dans l’ile ont créé un climat de guerre qui non seulement sont un obstacle pour le développement de l’ile mais polluent aussi la vie démocratique. Comment doit réagir un gouvernement, alors que son principal ennemi fait voter chaque année dans son budget des aides par millions de dollars pour soutenir l’action des opposants sur l’ile et en dehors d’elle?

La révolution cubaine a toujours connu des débats internes plus ou moins tendus mais assumés. On ne peut pas non plus ignorer l’exercice d’une démocratie directe, des expériences comme celles des « Parlements ouvriers » en pleine période spéciale et celle des grandes « consultations » de ces dernières années auxquelles des millions de personnes ont participé. Ces formes de démocratie se heurtent toujours aux limites matérielles imposées par la guerre larvée que les États-Unis imposent à Cuba avec son blocus. Comment répondre aux demandes et exigences exprimées quand l’accès aux devises, à des crédits internationaux et à des investissements rendent extrêmement difficiles l’achat des biens nécessaires pour la marche de l’économie?

Avec l’écroulement du socialisme est-européen, les effets du blocus se sont décuplés et Cuba a plongé dans une crise profonde où le PIB du pays a chuté brutalement de 35% et a fait entrer le pays dans la « période spéciale » qui a duré jusqu’à récemment.

En 1994, Cuba a connu la crise des « balseros » avec le départ de milliers de personnes qui ont décidé de quitter l’ile avec des moyens plus que précaires. Cette période a été très dure et ceux qui ont visité l’île à cette époque ont pu témoigner de la gravité d’une situation qui semblait sans issue. On a beaucoup spéculé à cette époque sur le sort du socialisme cubain; beaucoup le voyaient s’écrouler sous « l’ effet domino » initié avec la chute du mur de Berlin. Mais La Havane n’est pas Berlin et la révolution cubaine n’a pas été apportée dans les bagages de l’armée rouge. Le socialisme est constitutif du projet d’une nation indépendante qui s’est affirmée avec la révolution.

Quatre ans après la crise des balseros, sur le continent, la gauche latino-américaine a commencé à conquérir la direction du Venezuela, puis du Brésil, de l’Uruguay, de la Bolivie et de l’Équateur, et d’autres ont suivi.

Ces conquêtes sont celles des peuples qui ont rejeté les politiques imposées par Washington et le FMI. Elles sont celles des forces et des militants qui, alors qu’une bonne partie du continent vivait sous la botte des dictatures, ont trouvé refuge dans le seul territoire qui tenait tête à Washington. La nouvelle configuration politique qui s’est créée ces vingt dernières années en Amérique latine a ouvert la voie pour l’inclusion de Cuba dans les institutions telles que la Communauté des États latino-américains et des caraïbes (CELAC) et pour la coopération avec l’Union des nations de l’Amérique du sud créée comme alternative à l’Organisation des États américains (OEA) dominé par les États-Unis.

Sous sa direction, Cuba a apporté en Angola et en Namibie une aide décisive à la lutte contre les forces de l’apartheid, a œuvré pour le rassemblement des pays du « Tiers monde » contre la dette, qu’il considérait comme « un mécanisme d’extorsion impayable » et a appelé sans cesse à la construction d’un « Nouvel ordre économique international » qui devait rendre possible la sortie du sous-développement à des millions de personnes.

Fidel Castro est un des grands hommes qui, comme Nelson Mandela ou Yasser Arafat, ont marqué leur époque. Il est devenu un personnage historique au milieu de ces batailles. Il a pu transmettre une conviction, rassembler autour d’elle. Il a partagé l’enthousiasme de la population qui s’est lancée dans la construction de quelque chose d’inédit et qui a cru pouvoir aller très loin dans ses objectifs communistes. Il a affronté sans plier la puissance la plus importante de la planète. Il a connu des échecs et il a commis certainement des erreurs. Il a dû corriger certaines, d’autres restent à être corrigées par les Cubains d’aujourd’hui.

Mais au fond, il reste et restera une icône d’espoir pour toutes celle et ceux qui, dans ce monde, mettent derrière le mot « révolution » des idéaux d’humanité, d’égalité, de justice sociale, de liberté et de paix entre les peuples.

Pierre Laurent

Secrétaire national du Parti Communiste Français, sénateur de Paris

Source : HuffingtonPost.fr

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Publié dans Actuel, Cuba

Mariela Castro Espin

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